vendredi, décembre 30, 2005

Vacances - II

Extase totale. En plein milieu du désert, je me grille une sèche, vautré sur le quad de 330 cc que j’ai kiffé à piloter pour arriver jusqu’ici. Le silence, la lumière, la beauté du paysage me shootent totalement.

Dans ma tête résonne le « Kashmir » de Led Zeppelin. Je suis bien entouré de la femme que j’aime et de mes potes.

Quelques jeunes Marocains s’approchent timidement mais sûrement de moi. On ne parle pas la même langue mais ils me font comprendre qu’ils veulent des clopes. On se marre malgré la barrière de la langue. J’aime ce moment et j’y repenserai lors de certaines réunions chiantes auxquelles je me dois parfois d’assister.

Retour dans la maison du Prince pour un hammam bien mérité puis pour une partie de tarot endiablée. Je perds. Je déteste perdre au tarot. Alors, je décide de me venger sur le casino de la Mamounia. Bien mal m’en a pris. Je perds aussi au casino. C’est pas grave, je me referai.

jeudi, décembre 29, 2005

Vacances - I

07H30 : Il fait -3 degrés dehors. Mon taxi file vers Orly Ouest. Dans 2 heures 30, je serai à Marrakech, l’une des villes que j’aime le plus. Pour des raisons personnelles, je n’y suis pas retourné depuis 5 ans.


11H30 : Il fait 15 degrés à notre sortie de l’aéroport. Ciel bleu, aucun nuage, comme dans ma tête. Je suis heureux de fouler le sol du Maroc.

La maison du Prince Jean est accueillante et chaleureuse. Ma chambre donne sur l’Atlas avec ces cimes enneigées ; cette vue me ravit, conscient de la chance que j’ai de pouvoir voyager et voir et revoir des endroits qui me font tripper.

Le Prince Jean n’est pas n’importe qui. A près de 70 piges il en paraît largement 10 de moins, toujours très élégant, amateur de bons vins, d’excellents cigares qu’il ne manque pas de vous offrir à la fin des somptueux repas que nous attendons avec impatience.

Le prince est aussi amateur de jolies femmes comme en témoignent les photos dans la maison. Il y en a une dans ma chambre où on le voit embrasser Lorraine Braco quand elle avait 18 ans…la grande classe, le Prince Jean. Quand je serai grand, je veux être lui.

La maison est remplie d’invités de marque que je découvre avec plaisir moi qui suis plutôt sauvage d’habitude.

dimanche, décembre 25, 2005

Noël

Je ne vous dirai pas ce que le père Noël m’a apporté... vous seriez très jaloux.

jeudi, décembre 22, 2005

Gueule de bois

Le monde du disque et du cinéma se lève avec la gueule de bois. 30 députés, Christine Boutin en tête, font passer un amendement à 01H30 du matin stipulant que l’on pourrait tout télécharger pour la modique somme de 5 euros !! C’est à dire que toute la musique et que tout le cinéma ne valent pour ces 30 hurluberlus pas plus qu’un resto ; c’est aberrant une connerie pareille ! "Quand les cons voleront, tu seras chef d’escadrille." Bonne nouvelle, on a 30 chefs d’escadrille en puissance à l’Assemblée nationale.

J’appelle les artistes d’AZ pour les informer de ce projet. Ils sont tous choqués par cette nouvelle. Mobilisation générale de nos métiers. La majorité des grands artistes français, quelque soit leur opinion, envoient des déclarations à l’AFP.

Produire un disque ou un film coûte énormément d’argent. Il est évident que lorsque ça marche, cela rapporte de quoi réinvestir dans d’autres productions. En 3 ans, j’ai signé une dizaine d’artistes, seul 3 ont réellement marché. Ca c’est une réalité économique.

Produire, c’est d’abord investir, dépenser, prendre des risques financiers : alors oui, la culture a un prix ! Si ces amendements passent, c’en sera fini de la fameuse exception culturelle française. Moi, quand je vais au restaurant, je casque, même si j’ai mal clappé… Et si j’ai bien bouffé, je suis très heureux de casquer. Alors, pour la culture, ça doit être pareil.

mardi, décembre 20, 2005

Juanes au top








16H30 : Juanes se hisse à la deuxième place du top single.

L'été dernier, je bullais tranquillement sur un bateau au large des Caraïbes lorsque je reçois un texto de mon président : "Je te signale que Juanes est numéro 1 en single et en album en Allemagne… la balle est dans ton camp !"

Je le rassure en lui répondant que nous en ferons un tube de Noël avant de plonger dans l’eau turquoise d’Anguilla.

Noël arrive et Juanes est au top, mission accomplie, d’autant que cet artiste est une vraie star. Il va falloir compter avec lui dans les mois à venir.

lundi, décembre 19, 2005

Chimène

Lundi 19 décembre, le Zénith de Paris, il est 22h47... Chimène vient de quitter la scène, le public est encore sous le charme et scande son nom.

Le concert a été chargé en émotions : pour sa dernière date de tournée, Chimène attaque un Zénith pour la première fois de sa jeune carrière. C’est donc une première pour une dernière. Cela fait une semaine que je suis inquiet et que je multiplie les coups de fils à Annette Camus pour qu’elle me rassure. J’ai l’impression que Chimène est beaucoup plus sereine que moi !

D’ailleurs le mercredi précédant son concert elle me laisse un message sur mon portable : "Salut Valéry, c’est Chimène, je suis au Zénith pour le concert de Tracy Chapman, elle déchire grave !!! Je t’embrasse et je kiffe !"

C’est aussi ça Chimène : capable de redevenir fan total alors qu’elle en a elle même des milliers !!!

L’ambiance dans les loges est bon enfant. On y croise Vincent Niclo en train de se chauffer la voix puisqu’il assure la première partie de Chimène, Marc Lavoine qui va chanter en duo "Retomber amoureux", emmerdé car il a taché sa chemise blanche. Ca ne se voit pas mais je le comprends car je suis comme lui : Le plus important, c’est très souvent ce qui ne se voit pas.

Puis je monte dans les loges du premier saluer Michel Sardou qui a accepté l’invitation de Chimène pour le duo "Je viens du Sud", fait exceptionnel puisqu’à part avec Eddy Mitchell, Michel n’aime pas beaucoup chanter en duo. Je suis très fier et très touché de la présence du "boss". C’est encore ça, la révélation Chimène. Toute jeune mais déjà reconnue par ses pairs. Et quels pairs.

Me voilà enfin assis dans la salle. Chimène est plusieurs fois envahie par l’émotion, elle a du mal à contenir ses larmes sur les duos, a visiblement des problèmes techniques, ce qui ne gâche rien à mon plaisir de la voir évoluer seule sur cette grande scène dépouillée. Elle occupe l’espace comme une lionne, joue avec ces musiciens comme la patronne qu’elle a su devenir. Lorsqu’elle entonne "Dis-moi que tu m’aimes", 5000 cœurs apparaissent dans la salle : le public a lui aussi voulu faire une surprise à sa star, c’est magnifique.

Un fort sentiment de bonheur m’envahit lorsqu’elle me remercie et que le public applaudit mon nom. Je pense à mes parents qui se sont tellement inquiétés pour le cancre et le déconneur que j’ai été toute ma vie !

Chimène est la première artiste que j’ai signé en tant que patron de label et bingo !
J’ai de la chance. Non je ne crois pas à la chance mais seulement au travail. Je repense à mon prof de philo à qui j’avais demandé combien de chances nous avions d’obtenir le bac. Il m’avait répondu : "Si vous avez travaillé, vous avez 100 % de chances". Résultat, je n’ai rien foutu et je ne l’ai jamais eu. La vie est bien faite non ?

Fin du concert, je pénètre dans la loge de l’artiste que je retrouve effondrée sur son canapé. Elle a le sentiment d’avoir loupé son spectacle à cause d’un problème de retour.

Elle ne s’est pas entendue chanter sur les dix premières chansons. Il est vrai que cela doit être terrible. Je lui remonte le moral en lui disant comme d’habitude ce que je pense.

Il y a trois ans, elle me disait, toute timide, que son rêve était de faire de la scène, qu’elle faisait semblant de chanter devant ses peluches dans sa chambre… Ca y est, Chimène, tu y as tellement cru que les peluches se sont transformées en public ; c’est magique !

23H30 : je saute dans mon bolide en compagnie de Sandra, ma femme, et de Marc et Sarah Lavoine, direction La Cantine du Faubourg où je dois remettre son double disque de platine à Chimène. On se marre bien. Marc a tout pour lui ; chanteur à succès, acteur crédible, beau gosse, drôle et classieux, j’aime ce gars. On l’a joué à la tunisienne : les mecs devant et les filles derrière. Je regarde dans mon rétro : nos femmes sont intelligentes jolies, sexy et drôles : Vive nous.

La Cantine est tenue par Gérald, toujours le sourire aux lèvres, fier de son accent tropézien qui ne l’a jamais quitté même dans l’un des endroits les plus à la mode de la ville.
Gérald est un grand déconneur .C’est aussi pour ça que c’est mon pote. Mais quand je l’observe en train de bosser, rien ne lui échappe. Un vrai pro, un passionné par son métier, comme je les aime. Nous avons privatisé l’endroit pour l’événement ; tous les invités sont là, un verre à la main.

Les filles sont souriantes, les garçons élégants ; je croise Corti venu mixer pour l’occasion.
Il faut que je fasse un discours et je ne sais foutrement pas ce que je vais dire. Il me faut absolument la complicité de Justerini et Brooks pour trouver les mots. Heureusement, ils sont là et bien là ; me voilà rassuré.

De gros patrons du disque au Québec, en Espagne et en Allemagne sont attablés autour d’un verre. Ils ont adoré le concert et ont été bluffés par la prestation de Chimène. Début d’une carrière internationale ? L’avenir me le dira mais j’en suis intimement convaincu. J’ai le même feeling que lorsque je lui ai signé son premier contrat il y a trois ans.

0H45 : Me voilà sur la scène devant les caméras de "Saga", Chimène à mes côtés.
J’ai très envie d’associer Pascal Nègre à cette réussite. 15 ans que nous travaillions ensemble. Je l’ai connu au bas de l’échelle. Il a su se hisser au plus haut du métier mondial. Il m’a transmis l’amour du métier, le respect des artistes, la détermination et l’obstination. Quand on signe un artiste, au départ on est juste deux à y croire : l’artiste et soi. C’est là que le boulot démarre et que l’on commence à entendre des tas de conneries du style "ça ne marchera jamais !" Pascal m’a laissé carte blanche lorsqu’il m’a confié la direction d’AZ, le nouveau label d’Universal Music. Je suis heureux lorsqu’il nous rejoint sur scène remettre son double platine à Chimène.
Pour la petite histoire, Chimène est l’artiste qui a vendu le plus de disques en France en 2005.
Je me la pète grave jusqu’à 4H30 du matin.

En me couchant, j’ai une pensée bizarre : Je préférerais être le plus mauvais PDG du monde que le meilleur ouvrier de France…

Bonne nuit.

vendredi, décembre 16, 2005

Premier post

Hier j'ai eu une journée assez chiante... Le mauvais côté de mon métier...

J'ai reçu un type persuadé d'avoir un grand artiste entre les mains alors qu'il n'avait que de grands espoirs pour un talent totalement inexistant !

Puis je suis allé faire écouter mes dernières productions à un programmateur radio. C'est un gars qui décide si nos disques vont passer ou non à la radio.

Le problème c'est que lui, il est là pour avoir des auditeurs et moi, je suis là pour que les artistes que je défend passent sur sa radio...Pas le même objectif du tout !!!!

Nous nous sommes donc engueulés sur la qualité d'un de mes disques pendant une heure...J'aimerais bien l'y voir, lui, en studio avec un artiste !!! On rigolerait 5mn.
Enfin, c'est pas grave, j'y retournerai jusqu'à ce que j'arrive à le convaincre.

Puis, j'ai eu une réunion marketing avec mon équipe.
Que sortons-nous comme disques début 2006 ? Comment allons nous les lancer ? Tout cela est passionnant car à chaque artiste correspond une stratégie différente.
Marketing, stratégie, timing, tous ces mots nous laissent penser que nous sommes dans l'industrie lourde ! En réalité c'est de l'artisanat.
Chez AZ nous sommes 14 pour nous occuper d'une trentaine d'artistes, tu parles d'une industrie. On doit faire le chiffre d'affaires du rayon papeterie des galeries Lafayette !!!

20h30, dîner à l'hôtel Lutétia avec un humoriste dont je vous donnerai l'identité si je le signe...
Il est bien différent de l'image qu'il véhicule. Je passe un très bon moment...De plus, les oursins sont divins car à cette saison, ce sont des Espagnols bien charnus. Par contre, j'aurais pas dû enchaîner sur la choucroute.

Je prend congé de mes convives et me dirige prestement vers le fameux bar du Lutetia...

Elle est là perchée sur son tabouret, éternelles lunettes noires de Star sur le nez, tout en Chanel...la classe, quoi !
Même les touristes d'habitude si bruyants n'osent piper mot... Ils écoutent DANI, accompagnée d'un très bon pianiste, chanter ses titres d'hier mais aussi le nouvel album dont nous sommes si fiers. L'ambiance est chaleureuse et chic. Dani parle peu entre les morceaux, je trouve cela dommage mais normal, c'est la première fois qu'elle se livre à cet exercice périlleux... Elle me fascine. Je la trouve belle quand elle interprète « Wild Thing », touchante quand elle chante « Je voudrais que quelqu'un me choisisse », raffinée sur « Côté cour »... Je suis très fier de son nouvel album. Du sur mesure...On a fait appel à Duvall, Cali, Bernheim, Verdin qui a aussi réalisé l'album. J'adore les réalisations de ce gars-là, très cultivé. On retrouve ses références dans ses réalisations sans que ce soit lourd, toujours en un clin d'œil... Raffiné le Verdun...D'ailleurs, je le lui ai déjà dit : avec Verdun à la réal', c'est Austerlitz dans les oreilles !

Minuit. Je dois me tirer pour le palais de Tokyo où Emmanuelle Bercot, la réalisatrice de « Backstage », m'attend pour enregistrer « Paris dernière » avec Fréderic Taddéi.
Je saute dans ma Chrysler 300, toutes vitres fumées ; dans cette formidable auto j'ai l'impression d'être dans le ventre de ma mère !!! Personne ne me voit mais je vois tout le monde... Mon lecteur CD joue Sinatra et Iglésias en duo à fond, c'est bon... La tour Eiffel scintille de mille feux, on dirait qu'elle me fait la cour. Les quais sont déserts... J'aime Paris la nuit et j'ai conscience que je vis dans une des plus belles villes du monde.

J'arrive au Palais de Tokyo dans un bar clandestin où je manque de me faire jeter car je n'ai pas le mot de passe ! Un gars tout laid et très mal fagoté me lance : « Ca va pas être possible...vous ne correspondez pas...Je vais devoir vous refuser l'entrée... » Je lui répond gentiment que je me fous complètement de sa soirée pourrie et que j'ai rendez-vous avec l'équipe de Paris Dernière... Alors le baltringue se radoucit et tout à coup, je correspond grave !!! Quel con...Enfin, il continue à se les geler dehors pendant que je pénètre dans le clandé...

Je m'attendais à un truc énorme, un bar clandestin... Y a-t-il de l'absinthe ? Des drogues inédites, des filles nues qui vous sautent au paf dès votre arrivée et déchirent votre costard Prada avec fureur ? ? ? Rien de tout cela, mon ami ! Juste quelques bobos d'une vingtaine d'années se trémoussant, un Cognac à la main, sur des nouveautés discographiques comme les Clash, Les Cure ou encore OMD ! Tu parles d'un clandé : un endroit bourré de glands, ça s'appelle un glandé !

J'adore Emmanuelle Bercot ; pas uniquement parce qu'elle a eu le bon goût de me faire faire du cinéma, mais surtout parce qu'elle a réussi à mettre à mal mon machisme familial... Eh oui, elle a presque réussi à entrer dans ma tête et à faire sortir des trucs bien enfouis pour les besoins de Backstage...
Taddéi nous fait une interview dont il a le secret, à la fois chaleureuse et intelligente. Je vous conseille de l'écouter sur Europe1, ce mec à l'art de l'interview moderne et cultivée.

01H00. J'emmène Bercot retrouver ma femme et quelques amis noctambules dans l'un de mes QG dont je ne vous donnerai pas le nom !

On se marre, on dit des conneries et surtout j'y retrouve mes deux meilleurs amis, Justerini et Brooks, qui m'accompagnent jusqu'à 04h30... Là, je croise Tom, ma bonne conscience, qui me conseille d'aller me coucher. Passablement énervé, je lui demande pourquoi et il me répond :

- Pour 2 raisons : la première c'est que tu as la frime de Simone Signoret dans La Vie devant soi et la deuxième, c'est que ta femme elle, c'est Belle de jour !

Il a raison ce con-là. Je rentre chez moi où il va se passer des trucs passionnants dans mon paddock : je ne vous les raconterai pas parce que j'ai pas envie de savoir ce qui se passe dans le vôtre...

Bonne nuit.